L’un des prédateurs qui se répand le plus rapidement en Europe pourrait bientôt être présent dans de plus en plus de zones habitées.
De plus en plus de débats politiques et économiques entourent la présence des loups et leur statut de protection en Europe. L’Union européenne a déjà lancé une initiative visant à modifier le classement de protection de l’espèce dans le cadre de la Convention de Berne. Parallèlement, l’expansion discrète d’un autre prédateur devient de plus en plus visible sur le continent. Selon une étude récente, le chacal doré pourrait s’installer à l’avenir sur jusqu’à 75 % du territoire européen, profitant des opportunités écologiques créées par le recul attendu des populations de loups.
Un nouveau chapitre dans les décisions politiques
Ces dernières années, les réticences et les craintes liées aux loups ont ouvert un nouveau chapitre dans les décisions politiques. L’Union européenne a demandé au Comité permanent de la Convention de Berne de transférer le loup de l’Annexe II, qui répertorie les espèces strictement protégées, vers l’Annexe III, qui concerne les espèces protégées. Une telle modification permettrait à nouveau la chasse au loup sur le continent.
Pendant que les agriculteurs et les responsables politiques européens concentrent leur attention sur le loup, l’expansion d’une autre espèce est largement passée au second plan. Pourtant, une étude publiée dans la revue Nature Ecology & Evolution indique que les chacals dorés pourraient bientôt coloniser jusqu’à 75 % du territoire européen. Leur aire de répartition serait alors multipliée par six par rapport à aujourd’hui, rapporte Phys.org.
Le chacal doré en pleine expansion
Selon les chercheurs, le réchauffement climatique favorise progressivement l’expansion de ces prédateurs vers le continent européen. Dans le même temps, le nombre de grands prédateurs dans la région montre une tendance à la baisse, notamment en raison du recul progressif des populations de loups, autrefois concurrents du chacal. La possibilité de les chasser pourrait encore accentuer ce phénomène.
Une étude antérieure a recueilli des données acoustiques sur les hurlements de chacals dorés dans 8’991 sites répartis dans 13 pays européens. Les chercheurs ont constaté que :
- une couverture neigeuse de plus courte durée ;
- un niveau intermédiaire de boisement ;
- ainsi que la proximité de plans d’eau ;
étaient tous associés à une plus forte présence du chacal doré.
Aujourd’hui, le chacal doré est présent sur 86 % du territoire hongrois et sa population a fortement augmenté. Des chercheurs de l’Université hongroise des sciences agronomiques et de la vie (MATE) ont rapporté l’année dernière que la croissance annuelle de la population atteignait 40 %.
La présence humaine peut les attirer
La présence des loups s’est révélée être le facteur limitant le plus important pour l’expansion des chacals dorés. Ces animaux sont le plus susceptibles d’occuper des zones où les loups sont absents.
Cependant, la proximité des établissements humains semble atténuer cet effet « inhibiteur ». Cette observation est cohérente avec la théorie du « bouclier humain », selon laquelle certaines espèces restent à proximité des zones habitées parce que les grands prédateurs évitent généralement ces secteurs.
L’abattage des loups pourrait être contre-productif
Les observations et les prévisions montrent clairement les conséquences écologiques potentielles de la réduction des populations de loups. En diminuant leur nombre, on risque simplement d’offrir davantage d’espace à d’autres prédateurs.
La biologiste spécialisée dans l’étude des loups Zsófia Szabó, doctorante au département de zoologie évolutive et de biologie humaine de l’Université de Debrecen, avait déjà expliqué que la modification du statut de protection du loup est principalement justifiée par la protection des animaux d’élevage. Selon elle, cet argument est toutefois une impasse :
« La chasse au loup ne résout pas le problème. La protection du bétail peut être assurée grâce à des clôtures électriques à cinq fils, à des chiens de garde adaptés et à une présence humaine. Les loups occupent des territoires. Si l’on élimine les loups d’un territoire, celui-ci se libère et une autre meute s’y installera rapidement. De plus, lorsqu’une meute perd ses individus reproducteurs, les jeunes loups inexpérimentés se tournent plus facilement vers des proies faciles, comme du bétail non protégé. »
Elle ajoute que les loups sont capables d’apprendre qu’un troupeau est bien protégé et qu’il ne vaut pas la peine de l’attaquer. Des méthodes de protection efficaces permettraient donc de supprimer le conflit lui-même, sans avoir recours à l’abattage des loups.
Peu de chances de rencontrer un loup dans la nature
Comme dans de nombreux pays européens, le retour du loup dans certaines forêts hongroises ne fait pas l’unanimité. Certaines personnes craignent d’être victimes d’une attaque lors d’une randonnée. Selon la chercheuse, ce risque est toutefois extrêmement faible, ne serait-ce que parce qu’une rencontre avec un loup à l’état sauvage est déjà un événement rare.
« Lorsque l’on parle de la possibilité de rencontrer un loup, la première question porte généralement sur ce qu’il faut faire dans une telle situation. On s’interroge beaucoup moins sur les chances réelles que cela se produise », explique Zsófia Szabó.
Selon elle, un randonneur ordinaire a très peu de chances de croiser un loup. Ces rencontres concernent davantage les personnes dont le travail est lié à la forêt, comme les forestiers ou les chasseurs. Les humains fréquentent généralement la forêt pendant la journée, tandis que les mammifères forestiers, y compris les grands prédateurs comme les ours et les loups, sont surtout actifs la nuit, particulièrement au crépuscule et à l’aube.
De son côté, Gábor Filó, président de l’association de chasse Hangonyi Zöldmező, a également souligné dans une interview accordée à Boon.hu que les membres de son association n’avaient jamais rencontré d’ours, mais avaient déjà observé à plusieurs reprises des chacals dorés.
Source: prove.hu
